19 août 2026 - 11:15
«Matthew Hoh : l’accord Iran-Oman pourrait consacrer la victoire de Téhéran face aux États-Unis»

Un ancien responsable du Département d’État américain estime que les acquis militaires et politiques de l’Iran face aux États-Unis et au régime sioniste pourraient redessiner l’équilibre des forces au Moyen-Orient. Selon Matthew Hoh, un éventuel accord entre Téhéran et Mascate sur le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz pourrait notamment consolider la victoire iranienne et fragiliser davantage la capacité de Washington à maintenir ses forces dans la région.

Agence de presse internationale AhlulBayt (ABNA) : Matthew Hoh, ancien officier de la marine américaine ayant participé à la guerre en Irak et ancien responsable du Département d’État américain en Afghanistan, a analysé, dans un entretien accordé à l’agence de presse ABNA, les dimensions militaires et politiques de la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran ainsi que les acquis de Téhéran dans ce conflit.

Ancien responsable du Département d’État, Matthew Hoh avait démissionné de son poste en Afghanistan en 2009 pour protester contre l’intensification de la guerre par l’administration de Barack Obama. Il exerce aujourd’hui comme analyste et commentateur des questions de politique étrangère et militaire et comme membre senior de l’Eisenhower Media Network.

L’accord Iran-Oman pourrait consolider la victoire de Téhéran

Interrogé sur un éventuel accord entre l’Iran et Oman concernant le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, Matthew Hoh a déclaré que les détails de l’accord n’étaient pas encore connus, mais qu’il existait une idée générale de son fonctionnement, selon laquelle l’Iran contrôlerait l’entrée nord du golfe Persique et partagerait le contrôle de la sortie.

Selon lui, un tel cadre pourrait assurer la stabilité du commerce maritime à destination et en provenance du golfe Persique pendant plusieurs années, voire plusieurs décennies.

Il a toutefois souligné que l’importance stratégique de cet éventuel accord résidait surtout dans le contrôle exercé par l’Iran sur les navires entrant dans le golfe Persique. Une telle situation pourrait notamment limiter l’accès des navires de guerre américains ainsi que des bâtiments destinés à ravitailler les bases américaines dans la région.

Pour Matthew Hoh, cet aspect de l’accord entre l’Iran et Oman pourrait « consolider et renforcer la victoire de l’Iran dans cette guerre » et avoir des conséquences importantes sur la capacité des États-Unis à maintenir leurs forces au Moyen-Orient.

Il a estimé que cette évolution pourrait également entraîner un redéploiement accru des forces américaines vers le régime sioniste et la Jordanie, alors que la situation des bases américaines situées au Koweït, en Arabie saoudite, à Bahreïn et au Qatar serait devenue plus fragile.

Trump « n’est fidèle qu’à lui-même »

Concernant l’impact de la guerre et de la fermeture du détroit d’Ormuz sur les élections de mi-mandat américaines et sur la position de Donald Trump, Matthew Hoh a estimé que le président américain ne semblait pas particulièrement préoccupé par les conséquences électorales.

Il a décrit Donald Trump comme un dirigeant imprévisible et irrationnel, ajoutant qu’il ne suivait pas nécessairement une ligne politique liée à une idéologie ou à une institution particulière.

« Trump n’est fidèle qu’à lui-même », a-t-il déclaré.

Selon cet ancien responsable américain, Trump aurait dû chercher à mettre fin à une guerre largement impopulaire aux États-Unis et lourde de conséquences économiques, notamment en annonçant une victoire, en retirant les forces américaines de la région ou en recherchant une solution diplomatique.

Il a cependant estimé qu’une telle stratégie n’était pas clairement observable à ce stade et que l’imprévisibilité de Trump continuait d’alimenter l’incertitude autour de la guerre au Moyen-Orient.

Les demandes de réparations de Trump, « un spectacle médiatique »

Matthew Hoh a également été interrogé sur les déclarations de Donald Trump concernant une éventuelle demande de réparations de guerre à l’Iran.

L’ancien responsable américain a estimé que cette demande ne devait pas être prise au sérieux et qu’elle relevait davantage d’une stratégie médiatique visant à contrôler le récit politique et les titres de l’actualité.

Selon lui, Trump cherche à apparaître comme celui qui décide du début et de la fin des guerres et des négociations. Il souhaite également contrôler le récit médiatique en annonçant lui-même l’ouverture ou l’arrêt des discussions.

« Je ne prends pas au sérieux la demande de réparations de Trump », a-t-il déclaré, estimant qu’il s’agissait essentiellement d’une démonstration politique dépourvue de fondement solide.

« Les Américains ne sont pas fiables »

À propos de la possibilité de nouvelles négociations entre l’Iran et les États-Unis, Matthew Hoh a exprimé de sérieux doutes quant à la conclusion d’un accord durable.

Il a estimé que les États-Unis ne seraient pas disposés à accorder les concessions souhaitées par l’Iran et que Téhéran, ayant selon lui remporté la guerre, n’accepterait pas non plus les concessions demandées par Washington.

L’ancien responsable américain a également rappelé que les États-Unis avaient déjà abandonné ou violé un précédent mémorandum d’entente, estimant que tout nouvel accord conclu sous l’actuelle administration américaine manquerait de fiabilité.

Il a ainsi considéré que l’Iran devait continuer à fonder sa sécurité et sa souveraineté sur ses propres capacités de dissuasion, qu’elles soient militaires, économiques ou diplomatiques.

L’Iran a imposé sa supériorité militaire aux États-Unis et au régime sioniste

Matthew Hoh a ensuite souligné l’ampleur des acquis militaires de l’Iran durant la guerre.

Selon lui, les forces iraniennes ont combattu de manière symétrique et asymétrique et ne se sont pas contentées d’éviter une impasse. Elles auraient, dans certains domaines, réussi à prendre l’avantage sur les forces américaines et celles du régime sioniste.

Il a notamment affirmé que l’Iran avait contraint les États-Unis à évacuer certaines de leurs bases dans le golfe Persique et à éloigner leurs forces navales des côtes iraniennes.

Selon lui, la manière dont l’Iran a conduit la guerre a remis en cause certaines conceptions de la doctrine militaire américaine et démontré les limites de la capacité des États-Unis à remporter une guerre moderne au XXIe siècle contre un État déterminé à préserver sa souveraineté et à renforcer son statut de puissance mondiale.

Les acquis politiques de l’Iran dépassent le champ de bataille

Pour Matthew Hoh, les acquis de l’Iran ne se limitent toutefois pas au domaine militaire.

Il a notamment souligné la capacité de Téhéran à identifier les vulnérabilités de ses adversaires ainsi que celles du système économique mondial et à élaborer une stratégie permettant d’exercer une pression politique et économique sur ses adversaires.

Selon lui, l’Iran a également exercé une pression importante sur les relations entre Washington et ses partenaires au Moyen-Orient ainsi que sur les relations des États-Unis avec plusieurs pays d’Europe et d’Asie.

Il a cité à cet égard les tensions apparues entre Washington et certains pays européens ainsi que les répercussions de la crise énergétique et des bouleversements géopolitiques sur les relations américaines avec le Japon, la Corée du Sud et d’autres pays asiatiques.

L’ancien responsable du Département d’État américain a conclu que les acquis iraniens devaient être analysés à la fois sur les plans militaire et politique. Selon lui, ces évolutions pourraient jouer un rôle majeur dans la définition des relations de l’Iran avec ses voisins, dans l’avenir du Moyen-Orient et dans l’évolution de la puissance américaine dans la région.

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